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Par Pierre-François Pradat
La SLA est liée à une dégénérescence des neurones moteurs
La SLA est une maladie neurologique progressive touchant sélectivement les systèmes moteurs. La perte de
motricité est la conséquence d'une dégénérescence, c'est-à-dire d'une mort cellulaire, des motoneurones, les cellules nerveuses (neurones)
qui commandent les muscles volontaires.
L'atteinte concerne deux types de motoneurones qui sont situés à des niveaux différents du système nerveux: les
motoneurones à centraux à et les motoneurones à périphériques à :
- Les motoneurones centraux sont localisés dans le cerveau au niveau d'une région spécialisée
dans la motricité appelée le cortex moteur : ils reçoivent l'ordre
d'exécution du mouvement et le transmettent au tronc cérébral et à la moelle épinière .
- Les motoneurones périphériques sont situés dans le tronc cérébral et la moelle épinière : ils
sont directement connectés avec les muscles à qui ils transmettent l'ordre d'effectuer le mouvement
Que signifie le terme SLA ?
L'appellation de SLA a été choisie pour décrire des anomalies constatées
au niveau microscopique
(« sclérose » et « latérale ») ou à l'œil
nu (« amyotrophique ») :
- -SCLEROSE : la dégénérescence des motoneurones laisse
place à un tissu qui apparaît cicatriciel et fibreux
- -LATERALE : il existe une atteinte des fibres qui proviennent du motoneurone
central et qui cheminent dans la partie latérale de la moelle
- -AMYOTROPHIQUE : la dégénérescence des motoneurone
entraîne une fonte des muscles.
Le terme de « maladie de Charcot », du nom du neurologue français de la Pitié-Salpêtrière
qui a décrit la maladie à la fin du 19e siècle, est de moins en moins utilisée. Il
avait l'inconvénient d'être à l'origine de confusions avec d'autres
maladies décrites par Charcot. Les appellations de « maladie du motoneurone» ou
de « maladie de la corne antérieure » se rapportent à un ensemble plus
large de maladies au cours desquelles on observe une atteinte des motoneurones. La sclérose
latérale amyotrophique est la plus fréquente des maladies du motoneurones mais il existe d'autres
affections, par exemple l'amyotrophie spinale de l'adulte ou la
sclérose latérale primitive, dont les caractéristiques
sont différentes.

Jean Martin Charcot (1825-1893)
Fréquence de la SLA
L'incidence de la SLA est de 1,5 nouveaux cas par an et pour 100 000 habitants, ce qui représente
environ 1000 nouveaux cas par an en France. Elle touche les deux sexes avec une légère prédominance
masculine (rapport de 1,5). Elle se déclare dans la majorité des cas entre 40 et 70 ans, l'âge
moyen étant de 60 ans, mais elle peut survenir à tout âge chez l'adulte. Il s'agit
d'une maladie ubiquitaire. Il existe trois foyers de forte incidence de SLA qui sont tous situés
dans les îles du pacifique Ouest pour lesquels le rôle
d'une toxine dans l'alimentation est suspecté.
La maladie est généralement sporadique mais il existe de rares formes
familiales
Dans la grand majorité des cas, la maladie est sporadique, c'est-à-dire qu'elle survient isolément
en l'absence d'autre cas de SLA dans la famille. Les formes familiales, définies par l'identification
d'au moins 2 cas dans une généalogie, ne représentent que 5 à 10 % des cas
de SLA. Ces formes sont généralement liées à l'intervention de facteurs
génétiques. Il faut toutefois savoir que, étant donné le caractère non
exceptionnel de la SLA, la survenue de deux cas dans une même famille peut être liée au
hasard et n'implique donc pas nécessairement le caractère génétique de la
maladie.
L'origine primaire de la SLA sporadique est inconnue
On ne connaît pas la cause initiale des formes sporadiques de SLA. La maladie est probablement
multifactorielle, faisant intervenir des facteurs environnementaux et probablement également des facteurs de susceptibilité génétique.
Certains facteurs environnementaux ont été suspectés mais aucun n'a pu être
confirmé à ce jour.
Le rôle favorisant d'une activité physique importante ou de traumatismes répétés
a été soulevé mais n'est pas prouvé. Quelles que soient les hypothèses
formulées à partir d'études réalisées sur de larges populations de
patients, il faut souligner qu' aucune donnée actuelle ne permet de remonter à une
cause environnementale dans un cas individuel.
Les formes génétiques de la maladie représentent un groupe hétérogène. Certaines sont liées au dysfonctionnement
d'un gène unique (« formes monogéniques »). C'est dans ces formes que les progrès de la génétique ont permis
d'identifier certains gènes responsables. L'anomalie la plus fréquente est une mutation dans le gène de la SOD1 (superoxyde dismutase de type 1) qui n'est toutefois responsable que
d'environ 15 % de l'ensemble des formes génétiques. D'autres formes correspondent à une hérédité complexe, le
développement de la maladie nécessitant probablement la présence d'anomalies de plusieurs gènes (« formes
multigéniques »).
Cette forte hétérogénéité explique que devant une forme familiale de SLA, il n'est possible d'identifier
une anomalie génétique que dans une petite minorité des cas.
Les mécanismes biologiques de la SLA sont de mieux en mieux compris
La maladie résulte d'une cascade d'événements biologiques multiples
conduisant à la mort des motoneurones. Beaucoup de progrès ont été réalisés
dans la caractérisation des anomalies, notamment grâce à l'analyse de modèles animaux de la maladie.
Les mécanismes de dégénérescence du motoneurone
sont interdépendants et ont probablement une importance relative qui varie en fonction des stades de la
maladie. On pense que les anomalies des mitochondries, les organites
cellulaires qui produisent l'énergie nécessaire au métabolisme des motoneurones,
jouent un rôle central. L'ensemble de ces mécanismes conditionne le motoneurone à
entrer dans une voie finale de mort cellulaire oú interviennent des phénomènes d'apoptose (ou « mort cellulaire programmée»).

La SLA est liée à une dégénérescence des neurones
moteurs
Les signes de la SLA découlent de l'atteinte sélective des motoneurones commandant les muscles volontaires (par
opposition aux muscles qui ne peuvent être contrôlés par la volonté, comme le muscle cardiaque, qui sont
respectés). Selon le site où débute l'atteinte des motoneurones périphériques, on distingue deux formes de
sclérose latérale amyotrophique :
- la forme à début "spinal", liée à l'atteinte initiale des motoneurones de la moelle
épinière, entraînant des troubles de la motricité des membres supérieurs ou inférieurs
- la forme à début "bulbaire", liée à l'atteinte initiale des motoneurones du tronc cérébral,
provoquant des troubles de la parole et de la déglutition. Cette forme est plus fréquente chez la femme et
débute généralement à un âge plus tardif.
Une caractéristique essentielle de la SLA est qu'en dehors de la motricité elle respecte les autres fonctions du
système nerveux. Les fonctions intellectuelles sont conservées tout le long de la maladie.
La SLA n'affecte également en rien les cinq sens, soit la vision, l'ouïe, le goùt, l'odorat et le toucher.
Elle n'affecte pas les muscles de l'œil, du cœur, de la vessie, de l'intestin et des organes sexuels.
D'autres symptômes peuvent toutefois s'ajouter aux troubles moteurs : constipation, amaigrissement, douleurs,
oedèmes et troubles vasomoteurs, troubles du sommeil et troubles respiratoires.
Un diagnostic basé sur l'examen neurologique et l'électromyogramme
Le diagnostic de SLA peut être difficile, notamment dans les formes de début où les signes sont incomplets. Il
n'existe en effet pas de à marqueur à biologique de la maladie, c'est-à-dire d'anomalie sanguine caractéristique
de la maladie. Le diagnostic repose sur l'expertise du neurologue qui va rechercher à l'examen des signes
d'atteinte du motoneurone central (comme la raideur des muscles, l'exagération de certains réflexes ou la
présence d'un signe de Babinski) ou périphérique (comme l'amyotrophie, les
crampes, l'abolition de réflexes ou les fasciculations qui sont des contractions involontaires de fibres
musculaires visibles à la surface du muscle).
Cet examen est complété par un électromyogramme qui
recherche des anomalies électriques de souffrance du motoneurone périphérique et précise
leur extension. Les autres examens sont réalisés au cas par cas et ont pour but d'éliminer
une autre cause pouvant éventuellement expliquer les troubles moteurs. Une IRM
du cerveau et/ou de la moelle est souvent réalisée. Une ponction lombaire
ou une biopsie musculaire ne sont en revanche nécessaires que dans une minorité
de cas.
La sclérose latérale amyotrophique est une maladie handicapante qui évolue
progressivement.
Le degré d'évolution de la maladie peut être évalué par des tests
cliniques simples et par un bilan respiratoire régulier afin d'évaluer une atteinte éventuelle
des muscles respiratoires.
Le profil évolutif de la maladie varie en effet d'un patient à l'autre
et également chez un même patient au cours du temps.
La maladie peut se stabiliser spontanément (environ 15 % des patients) à un stade de handicap
variable.
Il est a priori impossible de prédire l'évolution de cette maladie chez un patient
donné.

Le traitement neuroprotecteur ralentit l'évolution de la
maladie
Il n'existe pas de traitement permettant de guérir ni même de stopper l'évolution
de la SLA. Un médicament, le riluzole permet de ralentir l'évolution de la maladie, ce qui
a été confirmé par de nombreuses études. Il agit notamment sur le métabolisme
du glutamate qui est perturbé au cours de la SLA. Il s'agit d'un
médicament à prendre par voie orale qui entraîne peu d'effets secondaires (une fatigue
et des troubles intestinaux transitoires sont parfois observées endébut de traitement). Le
traitement nécessite toutefois une surveillance par des prises de sang régulières
(une élévation des enzymes du foie est possible). La vitamine E peut être prescrite en
raison des ses propriétés anti-oxydantes bien que les études réalisées
chez l'homme n'aient pas démontré d'effets significatifs sur l'évolution
de la maladie. De nouveaux traitements sont régulièrement testés dans la SLA. Leur évaluation
nécessite d'être faite dans le cadre d'essais thérapeutiques rigoureux
sous une surveillance étroite des effets secondaires possibles.