SLA : enfin un premier traitement ciblé pour les formes génétiques

La sclérose latérale amyotrophique (SLA) demeure l’une des maladies neurodégénératives les plus graves et les plus difficiles à traiter. À l’initiative de la filière de santé maladies rares FILSLAN, et avec l’appui du réseau national de recherche clinique ACT4ALS-MND labellisé F-CRIN, qu’elle anime et coordonne, un recueil de données multicentrique a été mis en place à l’échelle nationale. Il apporte des résultats prometteurs sur le Tofersen, premier traitement ciblant directement une anomalie génétique responsable de certaines formes de la maladie. Réalisée auprès de patients porteurs d’une mutation du gène SOD1 suivis dans 19 centres experts français, cette étude suggère un ralentissement significatif de la progression de la maladie et renforce les données obtenues par le suivi à 146 semaines des patients inclus dans l’essai VALOR.
Une forme génétique rare mais centrale dans la recherche sur la SLA
La sclérose latérale amyotrophique (SLA), également appelée maladie de Charcot, est une maladie neurodégénérative qui détruit progressivement les motoneurones, les cellules nerveuses responsables du contrôle des mouvements volontaires. Cette atteinte entraîne une paralysie progressive, une perte d’autonomie croissante puis, le plus souvent, une insuffisance respiratoire.
Si la majorité des cas survient de manière sporadique, environ 10 % des patients présentent une forme génétique de la maladie. Parmi elles, les mutations du gène SOD1 occupent une place particulière dans l’histoire de la recherche sur la SLA. Identifiées dès les années 1990, elles furent les premières anomalies génétiques mises en évidence dans les formes familiales de la maladie et représentent aujourd’hui environ 1 à 2 % de l’ensemble des cas.
L’évolution de ces formes génétiques est particulièrement variable : certains patients présentent une progression relativement lente tandis que d’autres développent une maladie beaucoup plus agressive. Cette diversité renforce l’intérêt d’approches thérapeutiques personnalisées adaptées au profil génétique des patients.
Le Tofersen : une approche thérapeutique ciblée
Le Tofersen constitue une avancée majeure dans la prise en charge des patients atteints de SLA liée à une mutation du gène SOD1. Administré par voie intrathécale, ce traitement a pour objectif de réduire la production de la protéine SOD1 anormale, responsable de la dégénérescence des neurones moteurs.
Les premiers essais cliniques internationaux ont montré une diminution importante des neurofilaments plasmatiques, aujourd’hui considérés comme des biomarqueurs fiables de l’activité neurodégénérative dans la SLA. Les suivis à plus long terme ont également suggéré qu’une prise en charge précoce pourrait contribuer à ralentir l’évolution de la maladie.
Une étude française en vie réelle particulièrement encourageante
Afin d’évaluer l’impact du traitement dans les conditions de pratique courante, une étude multicentrique française a été menée auprès de 46 patients atteints d’une SLA liée à une mutation SOD1 et traités par Tofersen dans 19 centres experts.
Les résultats montrent un ralentissement significatif de la progression clinique après l’introduction du traitement. La vitesse de dégradation fonctionnelle, mesurée par l’échelle ALSFRS-R, apparaît nettement moins rapide au cours du suivi, passant en moyenne d’environ 0,53 point par mois avant traitement à 0,22 point par mois après 12 mois.
Parallèlement, les concentrations de neurofilaments diminuent fortement, avec une réduction d’environ 67 % après un an de traitement, traduisant une baisse de l’activité neurodégénérative.
Au-delà du ralentissement de la progression de la maladie, les chercheurs ont également constaté des résultats encourageants concernant la survie. Ces données viennent renforcer les signaux déjà observés dans les études internationales et apportent de nouveaux éléments en faveur de l’intérêt du traitement dans la prise en charge des formes génétiques.
Les données de vie réelle, un outil essentiel dans les maladies rares
Dans les maladies rares comme la SLA génétique, la réalisation d’essais cliniques de grande ampleur demeure particulièrement complexe en raison du faible nombre de patients concernés. Les données issues de la pratique clinique quotidienne constituent donc un complément précieux aux essais cliniques et permettent de mieux apprécier l’impact réel des innovations thérapeutiques.
Les travaux menés par les centres experts de la filière FILSLAN, fédérés par le réseau ACT4ALS-MND (F-CRIN), ont notamment permis d’apporter de nouveaux arguments en faveur de l’efficacité clinique du Tofersen dans les conditions réelles d’utilisation. Ces données ont également contribué à enrichir les connaissances disponibles sur ce traitement et à documenter son intérêt pour les patients atteints de SLA liée à SOD1.
Une nouvelle étape vers une médecine de précision
Ces résultats marquent une étape très importante dans la prise en charge de la SLA. Ils illustrent les progrès réalisés dans la compréhension des formes génétiques de la maladie et soulignent l’importance du diagnostic génétique précoce ainsi que du développement de biomarqueurs fiables.
« Dans une maladie longtemps privée de traitements capables d’en modifier l’évolution, les résultats observés avec le Tofersen constituent l’un des signaux les plus encourageants de ces dernières années. Pour la première fois, nous montrons qu’il devient progressivement possible d’agir directement sur certaines causes génétiques de la SLA », souligne le Professeur Philippe Couratier, coordonnateur du réseau ACT4ALS-MND (F-CRIN), responsable du Centre SLA de Limoges et animateur de la filière maladies rares FILSLAN.